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ITW Mourtaza Asad-Syed, CIO Yomoni

Last updated on 19 février 2020

* Mourtaza a quitté Yomoni en 2019.

PARTIE 1

MARC – Bonjour à tous alors aujourd’hui j’ai le plaisir d’accueillir Mourtaza de YOMONI directeur d’investissement et co-fondateur de Yomoni. Ensemble on va parler d’investissement, de gestion de portefeuille, d’allocation d’actifs, de gestion passive/active, mais avant cela je vous invite à cliquer sur le bouton “s’abonner“ pour être avertis dès qu’une vidéo est mise en ligne. Mourtaza, bonjour.

MOURTAZA – Bonjour.

MARC – Tu es donc “Chief Investment Officer“ CIO en anglais chez YOMONI, est-ce que tu peux te présenter, nous dire d’où tu viens, ce que t’as fait avant ?

MOURTAZA – Avec plaisir. Alors j’ai créé Yomoni en 2015 et auparavant j’avais passé une vingtaine d’années sur les marchés financiers. J’ai commencé à travailler vers 94-95 dans une banque américaine sur les marchés financiers ensuite dans une banque française entre les États-Unis et la France, ensuite je suis rentré en France puis j’ai travaillé pendant une bonne dizaine d’années en Suisse. En gros ma carrière, c’est essentiellement d’avoir commencé comme économiste, macro-économiste, stratégiste sur les activités de taux, sur les activités de change et également sur les activités du marché actions. J’ai été également gérant, gérant actions dans un hedge fund. Et puis dernièrement, avant de créer YOMONI j’étais responsable de la stratégie d’investissement pour l’ensemble du Prime Banking de Société Générale, ça veut dire piloter un comité d’investissement, piloter des allocations d’actifs mais également définir un scénario macroéconomique sur lequel on va décliner des allocations en tout cas des biais tactiques. Aujourd’hui c’est un petit peu mon rôle chez YOMONI, celui de définir à quoi va ressembler le meilleur portefeuille pour tel ou tel niveau de risque, quelles sont les perspectives à moyen et long termes et essayer d’adapter nos portefeuille en terme d’allocations d’actifs.

MARC – On va y revenir, donc une expérience large sur différentes classes d’actifs sur pas mal d’années, pas mal de secteurs géographiques. Qu’est-ce que YOMONI, est-ce que tu peux nous en parler un peu plus, à qui s’adresse l’offre, qu’est-ce que vous faites exactement ? 

MOURTAZA – YOMONI est définit souvent par le jargon anglo-saxon qui est Robot Advisor. En pratique pour nous, on va dire pour les francophones, Yomoni est une société de gestion qui propose un mandat de gestion pour ses clients. On est également courtiers en assurances ce qui nous permet de distribuer de l’assurance-vie et d’héberger ce mandat de gestion, ce compte en action ou en actifs diversifiés dans une assurance-vie. J’ai le souvenir de la préférence des français pour l’assurance-vie pour les avantages fiscaux que ça rapporte, et donc on fait ça, tout ça dans une assurance-vie mais également dans un compte titre. Généralement le compte titre est bien connu des traders, ainsi que le PEA qui est le véhicule parfait pour les portefeuilles purement actions évidement dédié à des portefeuilles plutôt risqués. 

MARC – Le PEA, l’assurance-vie et le compte-titre sont des enveloppes fiscales… et par rapport au client qui veut justement accéder à ces supports ou plutôt ces enveloppes fiscales, est-ce qu’il doit être français ? Comment ça se passe si on est à l’étranger ou si on est étranger en France ? 

MOURTAZA – Alors ça devient un petit peu compliqué, je donnerai tous les détails sur le site, mais les grandes lignes sont : toute notre offre est disponible pour tous les résidents français qu’ils soient français ou non, ainsi que pour les français à l’étranger. On n’a pas la vocation de distribuer pour les étrangers à l’étranger, par contre un français qui va partir peut souscrire une assurance-vie en France qui lui sera utile pour toute son expatriation par exemple. Je voulais revenir également sur ce que tu disais à propos de l’enveloppe fiscale, c’est vrai que nous notre vocation n’est pas de gérer les enveloppes fiscales mais effectivement notre offre s’adresse à l’épargnant français qui veut déléguer son épargne, qui veut avoir un projet de long terme et qui va accumuler cette épargne financière.

MARC – Alors par rapport au fonctionnement, à ces différents projets et profils, comment vous fonctionnez concrètement ?

MOURTAZA – Concrètement, on a une croyance très forte, c’est que la performance, l’appréciation du capital se fait dans le temps, elle ne se fait pas par une prise de risque ou par un trading actif (cela peut représenter peut-être une contradiction concernant ce que tu promeus dans d’autres canaux), mais l’idée c’est vraiment une épargne patrimoniale qui s’accumule dans le temps et qui va transformer le temps en performance. Pour cela il faut que l’épargnant ait un bon accompagnement sur ce qu’il est capable de tolérer en variation de la valeur de son portefeuille on va dire son risque, mais également qu’il ait une bonne appréciation du temps qu’il a devant lui. On sous-éstime souvent le temps qu’on a devant soi, par exemple moi qui ai 44 ans j’ai quand même un horizon de temps de 25 ans, ce qui parait assez long pour une classe d’actif car ça permet de s’exposer quasiment à tout, alors qu’on a toujours tendance à penser qu’on aurait besoin d’argent dans les 3-5 ans, donc cette compréhension du temps est essentielle. 

Ensuite il y a l’évaluation du risque qui est en pratique la modélisation d’un niveau de risque pour un client. Le projet temporel plus l’évaluation de risque, nous donnent un projet d’investissement qu’on va traduire en une allocation d’actifs, en fonds indiciels et en ETF ; on revient sur une marque de fabrique de la société de gestion qui est de privilégier l’indiciel et de ne pas faire de choix de valeur, on va donc faire cette allocation en essayant de la maitriser dans le temps, et entre autres à court terme, de gérer les risques liés à cette allocation.

MARC – Les deux thèmes importants dont on a parlé sont, l’allocation d’actifs et la gestion indicielle. Par rapport à l’allocation d’actifs est-ce que tu peux nous en dire plus sur justement, les classes d’actifs sur lesquelles vous placez l’argent, actions, obligations, quelles sont ces différentes classes d’actifs où vous êtes actifs ?

MOURTAZA – Déjà on va faire court sur pourquoi les classes d’actifs, et pourquoi l’allocation d’actifs. C’est revenir sur des éléments ayant été largement labourées. La performance à long terme est déterminée par les classes d’actifs ex-ante et pas par les choix qu’à la fin on fera d’une valeur ou d’une autre. Quand on accumule sur 20-30-40-50 ans la dispersion des classes d’actifs est énorme et irrattrapable par rapport à la sélection d’un titre ou l’autre, donc c’est vraiment là-dessus qu’on se focalise. Ensuite sur la deuxième partie qui est celle de sélectionner la classe d’actif, qui pour nous représente la dimension de la diversification, car il y a forcément des classes d’actifs qui en moyenne performent mieux que les autres (en moyenne, par exemple les actions), mais sur les périodes de dimensions on va dire de 2 à 5 ans, 2 à 7 ans on peut avoir un bear market -marché baissier structurel- et des sous-performances durables. Ce qui est donc important c’est de toujours diversifier avec des actifs qui vont être ou qui vont permettre de la performance et surtout d’amortir le portefeuille. Pour cela on est très agnostique sur les classes d’actifs du moment qu’il y ait une relation fondamentale, ça veut dire qu’on arrive à valoriser la classe d’actifs dans un contexte rationnel -aujourd’hui on ne nous permet pas de le faire sur de la crypto currency. L’idée est de se dire finalement on a des gradations de classes d’actifs, d’obligations d’entreprise spéculatives, d’obligations d’entreprises de qualité, des obligations d’états, des matières premières qu’on maitrise assez bien, et on va les inclure en fonction de leur potentiel de diversification et de valorisation fondamentales. Aujourd’hui on utilise toutes ces classes d’actifs plus celles qu’on a défini comme classe d’actifs différente représentant ainsi toute l’exposition émergente qu’elle soit action, devise ou obligataire qui s’insère dans cet univers-là. 

MARC – D’accord, mais est-ce qu’à un niveau plus précis, vous allez jusqu’à faire par exemple du thématique, du sectoriel plus Biotech, plus finance ou bien vous ne faites pas ce genre de chose ?

MOURTAZA – Alors on se refuse de faire du thématique dans le sens de prédire que demain le monde sera tel que ce secteur-là, on va dire que le thème du vieillissement, de la santé ou des énergies alternatives est intéressant, mais en général par expérience et pour avoir beaucoup vu c’est plutôt quelque chose qui est très vendeur dont la performance est assez aléatoire. Surtout ce n’est pas fondamentalement vers quoi on veut orienter notre client. Nous on veut orienter notre client vers une discipline d’épargne ; une discipline et une compréhension des marchés et de la puissance de la diversification, on ne veut pas emmener les épargnants sur notre capacité prédictive à dire que le monde sera comme ça dans 10 ans, je pense qu’il y a des gens qui le font et le font très bien. 

Par contre on a commencé à incorporer ce que tu as peut être appelé des thèmes que moi j’appellerai plutôt des segments c’est à dire des petites et moyennes entreprises, ou des biais tactiques sur tel ou tel secteur, sur deux idées : l’une c’est que de temps en temps il y a un « carry » une puissance de performances positives typiquement sur une exposition à long terme sur les moyennes et petites valeurs, ou une amélioration de la caractéristique rendement/risque d’un portefeuille avec des biais sectoriels particuliers. Par exemple aujourd’hui la techno apporte un biais sectoriel, un biais statistique mais aussi un biais fondamental qui est très diffèrent du marché. C’est à dire que le marché aujourd’hui est en train de repricer le paradigme d’un monopole digital qui serait un secteur dont on connait bien les acteurs qui domineraient avec des marges très élevées, car elles ont un monopole et c’est complétement indépendant du pricing du marché global sur les EPS en Europe par exemple qui s’apprécient. Ce sont donc deux choses différentes et c’est intéressant d’avoir ce biais sectoriel-là pour renforcer la disparité de notre portefeuille ; on ne peut pas considérer que la performance des États-Unis soit une performance homogène, elle est très hétérogène et c’est très important de comprendre qu’il y a des composantes différentes.

MARC – …Et les GAFA d’un côté qui portent tout…          

MOURTAZA – …c’est spectaculaire, surtout quand on regarde les GAFA dans un pricing de monopole, elles ont encore beaucoup de potentiel de valorisation. Le marché américain dans son ensemble par rapport aux niveaux de marges si on revient sur les valorisations un peu à la Schiller, où nn enlève l’effet de cycle et on regarde la valorisation structurelle, on a l’impression que les États-Unis sont à un cap, mais en sous-segment on se rend compte que il y a un potentiel de dislocation très diffèrent, et c’est important pour nous quand on sort les corrélations au sein d’un si grand marché, le S&P500 ça vaut tout le reste du marché donc ça vaut le coup de le regarder par segments et là il y a des choses plus intéressantes, il y a de la diversification qui peut se retrouver.

MARC – On reparlera après des ETF mais justement par rapport à l’allocation, à la gestion tactique, à faire de la gestion passive, mais le fait même de faire une diversification c’est de la gestion active, même le fait de choisir tant d’obligations etc. et à l’intérieur de ça sélectionner un peu les petites et moyennes, ça aussi c’est de la gestion active…

MOURTAZA – Alors tu détermines ou plutôt tu soulignes deux paradoxes qu’on nous met souvent en face de notre motto d’être très indiciels. Le premier n’est pas un paradoxe c’est sur l’allocation d’actifs, c’est de dire finalement vous êtes actifs à choisir une allocation qui n’est pas l’allocation de l’indice, pour nous ce serais un paradoxe parce qu’il n’existe pas d’indice d’allocation d’actifs, il existe un indice qui est celui de la capitalisation boursière des actions, mais il n’existe pas d’allocation mondial tout actif confondu ! Et est-ce qu’il aurait vraiment du sens parce qu’en plus ça serait celui d’un américain où la base serait des actifs qui sont tous dénommés en dollar à 65% du dollar, est-ce que ça aurait vraiment du sens pour un Européen, ben moi je ne le pense pas. En plus quand on fait de l’allocation d’actifs basée sur les masses, imaginons qu’on ramène toutes les obligations et qu’on dise ça c’est le portefeuille de marché, on serait en train de pondérer l’exposition aux obligations sur les pays les plus endettés, c’est toujours un petit peu compliqué de se dire que c’est la meilleure allocation. Typiquement en Europe on aurait eu avant la crise souveraine une exposition sur les périphériques qui ont été très élevés et je doute qu’elle représente une vue ex-antede quels sont les meilleurs pays en termes de rendement/risque sur leur dette. Donc premièrement, pour nous il n’existe pas de Benchmark passif sur l’allocation d’actif à l’exception d’être 100% cash, ça c’est la passivité, et là oui on revendique le fait d’avoir une allocation active parce qu’il faut se souvenir que pour les épargnants français, on va dire pour les épargnants en général surtout s’ils sont jeunes l’allocation de prédilection c’est 100% cash, donc oui là-dessus on s’oppose à cette allocation 100% passive.

PARTIE 2

MARC – Alors Mourtaza le deuxième paradoxe ? 

MOURTAZA – Le deuxième paradoxe porte vraiment sur la poche action, et c’est d’avoir déformé l’indice de marché, généralement on utilise le MSCI WORLD qui est la capitalisation boursière additionnée de toutes les places de marché, on a considéré que celle-là s’adressait vraiment à la logique d’un portefeuille de dollars. Or la monnaie de référence de nos épargnants n’est pas le dollar, et ce n’est pas non plus les États-Unis ; on a donc regardé quel était le portefeuille idéal, le portefeuille de marché équivalent pour un investisseur euro qui n’avait aucune intention d’aller habiter aux États-Unis pour dépenser sa retraite, et là ça nous fait des allocations différentes. Ensuite on a également fait un petit travail de segmentation du marché pour voir si on pouvait avoir un meilleur rendement/risque que le MSCI WORLD ce qui nous donne effectivement un biais actif sur cette allocation. C’est pour ça qu’on répond au paradoxe par le fait qu’on fasse surtout de la gestion indicielle, qu’on ne fait pas de choix de valeur, on n’est pas bottum-up, on ne vous racontera pas l’histoire du gérant qui a trouvé la pépite, (ça en général il faudra s’enfuir le jour où je le ferais) on est plutôt top-down dans le lexique un peu habituel, cela veut dire qu’on utilise de l’indiciel mais sans être passifs à tous les niveaux, passifs en classe d’actifs comme je l’ai dit, ou passifs dans les régions ou les segments de marché actions. Je pense que la particularité de l’investisseur euro et la réalité pratique d’un investisseur euro ou franc suisse ou Yen -on l’a vu par le passé- est très différente de toute la littérature qui est axée sur des données américaines pour un épargneur américain comme Wall Street les imagine mais la vraie vie elle n’est pas ainsi.

MARC – On reviendra après au thème des devises, concernant les supports ETF. Est-ce que tu peux nous expliquer un peu justement comment vous faites pour alléger le risque de devise mais avant, à propos des allocations, on a vu un peu les secteurs où vous intervenez on a parlé aussi des matières premières, est-ce que vous investissez dedans et sous quelle forme ? 

MOURTAZA – Alors on place sur certaines matières premières qui ont des comportements assez intéressants en termes de diversification, et la plus importante en termes de diversification sur le long terme est l’or. L’or est assez peu présent en général dans les portefeuilles parce qu’il a on va dire une mauvaise réputation : inerte, non productif, etc. Il faut se souvenir que c’est un placement c’est-à-dire que ce n’est pas parce qu’on place en or qu’on investit dans l’or, donc il faut rappeler aux gens que quand on achète de l’or cet or ne s’est pas créé, il y a un stock d’or, il appartient toujours à quelqu’un donc on est juste en train de déplacer les types de propriétés. Cela dit l’or a une particularité c’est qu’il est très décorrelé des taux réels ce qui représente par rapport aux actions une perspective antinomique ; acquérir des actions c’est faire un pari sur le futur, autrement dit l’avenir sera mieux qu’aujourd’hui, contrairement à l’or qui représente un pari inverse, hier était mieux qu’aujourd’hui et demain sera pire qu’aujourd’hui. Par conséquent l’or est un actif de conservation de la valeur, car on va considérer que ce qu’on a aujourd’hui on préfère le préserver alors que les actions est une promesse sur des profits futurs (on sait bien qu’on n’a rien quand on a une action, on a juste les profits en tout cas un droit de propriété sur ce qui va se passer dans le futur) donc de cette nature fondamentale il est très intéressant d’avoir de l’or pour diversifier. Pour être porteur d’une pure action on est parti sur un pari sur le futur on n’a pas besoin d’or, mais on remarque que sur les périodes longues l’or va avoir tendance à réagir très fortement à l’inverse de cette corrélation. 

La deuxième est le pétrole, en général elle est plus suivi par les traders et c’est pas parce que le pétrole a un intérêt fondamental de long terme ou de court terme, plutôt parce qu’il représente non seulement une variable économique mais également un actif financier qui va répondre le mieux au cycle mondial une fois que ce dernier se synchronise ; on va avoir donc des pressions sur les prix, globalement toutes les industries manufacturières vont se mettre en activité un petit peu comme ce qui se passe depuis trois mois : il y a la Chine qui est revenue, le Japon qui était déjà revenu, l’Europe qui est déjà dans sa courbe de reprise et les Etats Unis qui flirte avec les plus hauts, et là on a des tensions sur le prix de l’énergie, et comme le pétrole est l’un des seuls marchés énergétiques mondial -contrairement au gaz naturel-, on obtient vraiment une réponse d’un marché financier à un cycle, ce qui nous permet d’être positionné dans ce cycle et c’est assez important pour la gestion tactique. 

MARC – Justement par rapport à la gestion tactique, aux cycles et à la vision macro, quels sont les indicateurs que vous regardez chez YOMONI, voir ce qui se passe dans le monde en ce moment, pour avoir une sorte de vision sur les mois et les années qui viennent ? Si par exemple moi j’ai une vision top-down, je vais plutôt regarder les indicateurs américains que sont l’ISM manufacturier, l’indicateur de confiance le Michigan, les building permits -les permis de construire- chez YOMONI comment vous faites ?

MOURTAZA – Déjà on fait un peu comme toi, on va se focaliser sur le cœur des marchés qui lui se situe aux États-Unis, pour les investisseurs et pour toutes les tendances on pourra regarder fortement les indicateurs américains. On retrouve l’ISM -que moi j’aime beaucoup-, l’ISM n’est pas révisé, il arrive bien en avant sur la batterie d’indicateurs d’activité, peut-être qu’il n’est pas leading mais en tout cas c’est celui qui va être le plus proche de la réalité actuelle, ensuite on peut le transformer un petit peu et on peut trouver quelques potentiels d’avance par exemple le carnet de commande, les new orders est entre autre un ratio qui a une différence intéressante par rapport à l’indicateur de production et en fait ça va donner la tendance de ce qui reste vraiment dans l’ISM par rapport à ce qui est déjà en commande et à ce qui a déjà été produit, là on peut trouver des indicateurs assez intéressants. 

L’indicateur non-manufacturier n’est pas mal mais il est encore assez fluctuant et de moins bonne qualité par contre il représente les services qui sont plus larges. Housing Building Permits j’aime bien mais il y a quand même un cycle, évidemment c’est le cycle immobilier mais quand ce n’est pas celui-ci qui tire l’histoire on peut avoir une lecture un petit peu faussée surtout quand un mois sur l’autre on a de fortes tendances, cela-dit c’est vrai que par rapport à ce qui se passe aujourd’hui c’est un indicateur assez important, et comme il a beaucoup de potentiel je pense qu’il faudra regarder s’il y a un retournement à la baisse sur les buildings à ce moment c’est très mauvais signe, personnellement je trouve que c’est un indicateur de second plan. J’aime bien regarder maintenant les indicateurs d’inflation core parce qu’en fait c’est la fonction de réaction de la banque centrale, ça permet -et c’est très important- de savoir à quel point ça bat le consensus ou pas, évidemment tous les indicateurs dérivés d’inflation, les déflateurs sont intéressants. 

MARC – Donc vous utilisez tout ça pour réallouer, arbitrer ? 

MOURTAZA – Exactement, en fait on va avoir cette lecture macroéconomique du cycle pour essayer d’ajuster à court terme. On part d’une autre croyance qui on va dire est quand même basée sur une réalité empirique, qui est celle d’avoir une mobilisation du meilleur portefeuille à long terme. Donc on a une mobilisation on va dire quantitative de corrélation, de volatilité, et tendance de fond des actifs, le seul problème c’est que la réalité prouve que c’est très difficile voire impossible, ou carrément naïf de penser que des corrélations mathématiques de long terme vont être stables à court terme, on sait que ce n’est pas vrai, on sait que si on a des normalités de rendement à long termes plus on réduit la fréquence de temps, plus on se rend compte que nos probabilités notre loi de distribution n’est pas normale, et comme les crashs par exemple en un jour -22% en 87 ça devrait statistiquement pas arrivé, c’est arrivé, donc ça prouve bien qu’à court terme il faut être beaucoup plus mesuré par rapport à la puissance des outils mathématiques. 

L’idée est donc de se dire qu’il y a des corrélations qui sont non-diversifiables quand les taux montent ou quand en bourse il y a un accident géopolitique ou des crises très fortes, et quelque part on garde la main sur ces corrélations très court terme, c’est pour cela que ce que nous on a synthétisé c’est que finalement le cycle d’affaire n’était pas diversifiable, que c’était très important d’avoir une allocation qui correspondait à chaque phase du cycle et donc schématiquement on décompose en 4 le cycle d’activité et on va savoir si on est en croissance sans inflation, en croissance avec inflation où là par exemple on aura du pétrole, pas de croissance mais encore de l’inflation où là l’or va surperformer les actions, et enfin si on a moins de croissance et moins d’inflation et là c’est le royaume de l’obligataire des durations très longues sur des gouvernements…

MARC – ….on n’y est pas encore…

MOURTAZA – ….non on n’y est pas encore, mais on y est resté quand même pas mal d’années auparavant et donc on joue sur ça dans cette idée que notre allocation diversifiante ne permettra pas de maitriser le risque on veut garder les portefeuilles qui sont très stables en risque quelques soient les horizons de temps. 

PARTIE 3

MARC – Maintenant je voudrais qu’on parle Mourtaza, des supports d’investissements concrets que sont les ETF, les trackers, on a parlé de gestion indicielle passive, pourquoi on les utilise, et quels sont leurs avantages ou inconvénients ? 

MOURTAZA – Les avantages des trackers ; nous on utilise des ETF et des fonds indiciels, les fonds indiciels c’est ce qu’on va souscrire comme un fond, les trackers sont des fonds qu’on peut également échanger pendant la journée ou à la clôture, directement comme un ordre de bourse (ça je pense que tes auditeurs le connaissent). Pour nous c’est le meilleur moyen de faire de la gestion indicielle, d’avoir accès à tous les marchés, avec toutes les valeurs, avec la diversification la plus forte possible et le plus simplement du monde, sachant qu’en plus ces produits-là, alors qu’ils sont supérieurs à une sélection restreinte d’actions, sont moins chers que les fonds traditionnels puisqu’en général on parle de 5 points de base jusqu’à 30-40 points de base, pour les fonds équivalents d’actions on parle de 2% à 3.5% , on est donc de l’ordre de 5 à 50 fois de plus, plutôt 5 à 20 fois plus. 

Pourquoi on les utilise ? Parce que premièrement ça nous offre l’accès aux marchés directement, deuxièmement ça nous permet de la diversification, et troisièmement, les coûts sont moindres et surtout l’efficacité, c’est assez facile finalement de choisir les bons ETF c’est beaucoup plus facile que de choisir le bon fond du bon gérant qui va performer sur cette période qui va avoir une performance différente…

MARC – Qu’est-ce qu’un bon ETF ? Comment faites-vous pour le sélectionner ?

MOURTAZA – On va prendre plutôt les ETF actions obligataires, un bon ETF est celui qui représente et qui réplique un indice qui est représentatif de son marché, par exemple un ETF sur l’euro stock 50 n’est pas très intéressant même s’il réplique très bien, pour nous ce qui est intéressant c’est quelque chose qui va répliquer le marché européen dans son ensemble ou le marché euro dans son ensemble, typiquement un ETF qui va répliquer le MSCI Europe où là il y a plus de 300 valeurs c’est là un ETF exhaustif. Ensuite c’est l’ETF sur lequel on va avoir une qualité de réplication, c’est-à-dire qu’on fait le boulot correctement évidemment, les frais sont à prendre en compte puisque les frais en général sont tirés de la performance, sur le moyen/long terme on peut comparer des ETF à frais différents mais sur la qualité de réplication. Puis c’est la disponibilité sur l’exécution, ou la qualité d’exécution ce qui peut être aussi considéré comme un inconvénients de l’ETF et un avantage des fonds indiciels, et qui nous amène à être quand même dépendent de la liquidité du marché à ce moment-là ; en Europe on n’a pas encore une liquidité équivalente à celle des marchés ETF américains : la profondeur du marché, l’accès au marché, les bid/ask pour parler plus précisément sont quand même beaucoup plus élevés en Europe, sur Euronext et sur les produits comme les ETF PEA par exemple, que les français connaissent bien par rapport à ce qu’on connait un petit peu de la littérature anglosaxonne rien que les ETF c’est quasiment un free lunch sur le marché, c’est quelque chose qu’il faut regarder très précisément. Après il y a des maisons qui sont meilleures que d’autres alors on peut en citer, et c’est intéressant de discuter régulièrement avec ces grandes maisons. Je ne sais pas si c’est un avantage ou un inconvénient, mais il y a quand même moins de sociétés qui font des ETF que celles qui font des fonds, c’est donc assez facile d’avoir accès en une discussion, en un, ou deux mois…, je peux faire le tour de tous les grands fournisseurs et j’aurais sondé 90% du marché.

MARC – Oui en gros enfin on peut les citer, je dirais en France il y a LYXOR, AMUNDI…

MOURTAZA – Ben en distribution il y a Blackrock, il y a également BNP sur lequel on fait beaucoup de fonds indiciels, il y a des boutiques comme OSIAM, il y a des étrangers qui font aussi des thématiques qu’on utilise pour les matières premières, Deutsche Bank, il y a aussi une grande gamme UBS mais qui est plutôt présente sur les marchés allemands, et il y a les ETFs State Street qui sont tous les Spiders (SPDR) qui sont aussi dominants aux Etats-Unis, moins présents en Europe, mais sur des thématiques typiquement obligataires c’est assez intéressant.

MARC – Concernant les ETF et justement la diversification géographique (Asie, États-Unis, …), comme l’épargnant investit en euro, comment gérez-vous cette différence de devises ? Les ETF sont-ils tout le temps en euro ou pas ?

MOURTAZA – Alors les ETF en particulier dans l’assurance vie sont toujours cotés en euro, mais finalement la monnaie de valorisation de l’actif est parfois en dollar en moyenne, c’est une question très importante à laquelle on n’a pas de réponse absolue dans tous les cas de figure. Pour nous la référence c’est d’avoir une monnaie euro avec beaucoup de part hedgée, parce que le monde financier est fait pour les américains, il est fait avec une base américaine, donc on essaye de la déformer ; après sur des expositions typiquement devises émergentes, on considère que ça fait partie justement du jeu, c’est-à-dire que sur ces monnaies on a un carry positif, un risque inhérent qui est fort à cause de l’instabilité monétaire, l’instabilité politique… en tout cas, il y a une prime de risque qui se retrouve dans la monnaie un peu dévalorisée qui offre des rendements à taux supérieurs et donc c’est le jeu, si on hedgeait on serait obligé d’emprunter à 10% pour investir au Brésil en étant hedgé là autant investir à Paris sur un de ces pays c’est plus simple. Il y a des moments où pour nous ça ne fait pas partie du jeu, par exemple le carry Trade Euro/Dollar pour nous ne fait pas partie du jeu d’investissement, donc souvent il est hedgé en stratégique après quand le hedge…

MARC – …En français hedge c’est couverture 

MOURTAZA -…Oui couvert sur le change, c’est-à-dire qu’en fait quand vous êtes en euro vous investissez dans des actifs américains donc en dollar mais vous ne supportez pas le risque de change, donc pour monter une telle position vous pouvez le faire dans un ETF,  l’ETF fait la même chose qu’un trader, vous achetez votre actif en dollar avec des dollars que vous avez emprunté et vous mettez en face des euros, par conséquent vos euros vous rapportent un peu de taux d’intérêt sauf si les taux sont négatifs et les dollars vous coûtent un taux d’intérêt parce que les taux sont positifs c’est ce qu’on appelle une stratégie de “hedging“ qui est un portage négatif et qui peut vous coûter assez cher. Aux États-Unis on a une position en dollar pour le S&P500 qui n’est pas hedgée parce que effectivement le hedging coûte très cher l’euro/dollar là est à 1.20, 1.22 -on met un petit peu la fourchette haute même si la tendance est haussière- ça ne vaut pas le coût de payer ces 2.5 de hedge donc pour l’instant il n’est pas hedgé. Il ne faut pas que j’oublie de préciser, justement dans les américains le champion de gestion indicielle c’est Vanguard. Je ne l’ai pas mentionné avant, on l’oublie tellement dans les ETF c’est vraiment un monde à part, donc effectivement on utilise pas mal de Vanguard et là c’est des parts non hedgées.

MARC – Deux questions ou trois questions pour terminer, concernant la gestion ISR (Investissement socialement responsable) on en parle de plus en plus, ce n’est pas encore arrivé jusqu’au grand public, mais sur une gestion chez YOMONI ou une allocation d’actifs est-ce que cela rentre en jeu ? Est-ce qu’il existe des ETF ou avez-vous des demandes de clients par rapport à ça ? 

MOURTAZA – On a beaucoup de demandes de clients concernant ce thème-là, même si je n’aime pas le considérer comme étant un thème, car on revient justement sur la gestion thématique et je ne pense pas que l’ISR soit une espèce de parfum du jour avec le thème comme on mettrait les millennials, la santé… L’ISR on va dire que c’est plutôt un filtre ou un type de gestion. C’est déjà arrivé au grand public, l’offre aujourd’hui n’est pas encore à la hauteur de la satisfaction des clients, nous on a une taille critique encore un petit peu faible pour développer toute une offre avec ses vocations différentes, mais c’est clairement dans notre réflexion et c’est assez intéressant parce qu’il n’existe pas d’offre aujourd’hui complète indiciel/ISR, aujourd’hui il y a des offres soit thématique/ISR soit gestion active très concentrée ISR, mais il y a assez peu cette approche indicielle et surtout allocation d’actifs/ISR, et on voit que (tu m’avais posé la question sur les instruments) les instruments sont disponibles, donc nous on a des portefeuilles expérimentaux sur lesquels on suit ça depuis pas mal de mois donc la réflexion est déjà bien avancée côté investissement, la question c’est de savoir est-ce que ça a du sens ou est-ce que YOMONI ne devrait pas devenir complétement ISR ça serait aussi une autre question.

MARC – Donc à suivre ! Une autre question que je ne peux pas ne pas te poser en ce moment c’est : les crypto-monnaies. Vite fait, enfin on ne va pas en parler 500 ans, est-ce que c’est intéressant ? Est-ce que ça peut rentrer dans un portefeuille ou pas ?

MOURTAZA – Alors il faut que je me déguise en Nabila ou je fais comment pour répondre à la question…

MARC – Ce n’est pas une classe d’actif selon toi ?

MOURTAZA – Non ce n’est pas une classe d’actif essentiellement parce que j’ai un problème de valorisation de l’actif, c’est-à-dire qu’un actif comme je disais, ce n’est pas un investissement c’est un placement ça veut dire qu’un actif, il y a quelqu’un qui l’a émis il y a quelqu’un qui le possède, c’est comme un bilan d’entreprise on a un passif et un actif. Quand on possède une action il y a quelqu’un qui nous doit quelque chose, quand on possède une obligation c’est dans le passif de quelqu’un voire le passif d’un gouvernement, et même quand on détient une monnaie c’est dans le passif d’une banque centrale, quand je détiens du Bitcoin j’ai une créance sur qui ? Et ça j’ai du mal à le comprendre, sur l’Ethereum j’ai une créance sur qui ? Qui me doit des comptes sur ma créance et ça c’est un petit peu gênant, je ne pense pas que les cryptos c’est fini et que le Blockchain ira nulle part, je pense qu’il y a des idées qui vont émerger avec une crypto qui représenterait la créance de quelque chose et dès le moment où tu auras une créance de quelque chose je pense qu’on pourra réfléchir à quelle est la valeur de cette créance, est-ce qu’elle apporte quelque chose par rapport à ce qui existe déjà, donc l’aspect de diversification, comment peut-on y accéder, et est-ce que c’est un bien qu’on va pouvoir trouver de façon liquide sur les marchés. Quand ce n’est pas liquide sur les marchés, le private equity par exemple aujourd’hui on en a pas, donc même si c’est une classe d’actifs il y a des choses qu’on ne peut pas incorporer, donc on va passer tout ce filtre mais les cryptos …. 

MARC – Donc l’ISR oui mais les cryptos peut-être pas ! Maintenant pour terminer une question que ma femme militante engagée des premières heures me pose tous les matins : à quoi tu sers ? 

MOURTAZA – C’est vache comme question ! On s’est posé la question, on n’a pas fait YOMONI pour rien, l’idée c’est : on espère qu’on sert l’épargnant à avoir acquis une sérénité sur ses placements et les faire performer sur le long terme. Et donc moi dans cette histoire-là je sers à piloter ces portefeuilles, à générer de la performance on va dire un petit peu en toute tranquillité pour le client, on va vraiment transformer le temps en argent, le temps en performance et donc pour que le temps puisse faire son œuvre, il faut que ça soit vraiment en toute sérénité en toute quiétude pour l’épargnant. Quelque part j’espère que je sers à lui offrir cette quiétude pour qu’à la fin son propre patrimoine soit fructifié pour son propre bénéfice.

MARC – Parfait Mourtaza, merci beaucoup.

MOURTAZA – Merci Marc. 

MARC – Je vous invite à cliquer sur j’aime si vous avez aimé cette vidéo bien sûr, et de vous abonner à la chaine YouTube, merci au revoir.   

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